Installer un récupérateur d’eau de pluie près de son abri de jardin, c’est un peu le combo gagnant : on économise sur la facture d’eau, on arrose sans culpabiliser en période de restriction, et on donne une vraie fonction “technique” à son abri. Mais comme souvent au jardin, entre l’idée sur le papier et la réalité sur le terrain, il y a quelques pièges.
Dans cet article, je vais détailler comment je pose un récupérateur à côté d’un abri, du repérage jusqu’au premier arrosoir rempli, avec :
- les erreurs que j’ai faites sur mes premiers montages (et que vous pouvez éviter)
- les différents types de cuves et leurs prix
- une méthode simple pour que tout reste propre, stable et facile à utiliser
- un exemple concret de chantier : temps, budget, difficulté
Pourquoi installer le récupérateur près de l’abri plutôt que de la maison ?
On pense souvent en premier aux gouttières de la maison, mais l’abri de jardin a plusieurs avantages pour collecter l’eau :
- Un circuit dédié au jardin : l’eau tombe directement là où vous en avez besoin, à côté du potager, du compost, des massifs.
- Moins de contraintes administratives : on ne touche pas au réseau de la maison, pas de risque de confusion avec l’eau potable.
- Toiture simple : souvent une seule pente, facile à équiper d’une gouttière et d’un collecteur.
- Espace technique : on peut ranger le tuyau, l’arrosoir, voire une petite pompe à l’intérieur de l’abri.
L’inconvénient principal : la surface de toit de l’abri est souvent plus petite que celle de la maison. Mais pour un arrosage de jardin de taille moyenne, c’est déjà largement exploitable.
À titre d’exemple : un toit de 10 m² avec 600 mm de pluie par an, ça fait environ 6 000 litres d’eau récupérables par an. Même avec des pertes, ça commence à faire quelques arrosoirs…
Avant de se lancer : vérifier que l’abri est “compatible récupérateur”
Avant d’acheter la cuve, je fais toujours un rapide état des lieux. Trois points à vérifier :
- La pente et le débord de toiture
Il faut que l’eau ruisselle bien dans un sens. Sur un abri à deux pentes, choisissez un côté pratique d’accès, pas celui collé au grillage du voisin. Il faut au minimum 30 à 40 cm de dégagement pour poser gouttière + cuve.
- Le matériau de la toiture
Tôle, shingle, bac acier, panneaux sandwich, tuiles… tout se récupère, mais :
- le bac acier et la tôle évacuent très vite l’eau : bon rendement
- les toitures rugueuses (tuiles béton vieillies, shingle) retiennent un peu plus d’eau et salissent plus vite le filtre
Ce n’est pas bloquant, mais ça influe sur l’entretien.
- L’espace au sol pour la cuve
Vérifiez :
- que la cuve ne gênera pas la circulation vers la porte de l’abri
- que vous pouvez passer avec un arrosoir sans vous contorsionner
- que vous avez un sol à peu près plat ou au moins stabilisable
Si vous êtes court en place, visez plutôt un récupérateur “slim” (vertical, étroit) plutôt qu’un gros tonneau rond.
Quel type de récupérateur choisir pour un abri de jardin ?
Sur mes chantiers, je rencontre principalement trois grandes familles de récupérateurs :
- Les cuves plastiques classiques (200 à 500 L)
Prix : 40 à 150 € selon volume et qualité.
Avantages :- faciles à trouver en magasin de bricolage
li>légères à manipuler à vide
- suffisantes pour un petit potager ou des bacs
Inconvénients :
- le plastique bas de gamme vieillit mal au soleil (se fendille)
- esthétique moyenne si posée en plein milieu du jardin
Prix : 150 à 400 €.
Avantages :
- plus discrets, parfois intégrés au décor
- formes “plates” pratiques contre un mur d’abri
Inconvénients :
- budget plus élevé
- attention aux modèles purement décoratifs avec robinet mal placé (trop haut ou fragile)
Prix : 70 à 200 € d’occasion, parfois plus en neuf.
Avantages :
- gros volume, idéal si la toiture de l’abri est assez grande
- solide, pratique avec une petite pompe
Inconvénients :
- encombrant, pas toujours très joli
- nécessite une vraie petite dalle ou des plots costaud
Pour un abri classique de 5 à 10 m², j’oriente souvent vers une cuve de 300 à 500 L. C’est un bon compromis entre place, poids et capacité.
Matériel nécessaire pour une installation propre et durable
Voici la liste type que j’utilise pour un montage standard sur abri avec toiture simple :
- 1 récupérateur d’eau (200 à 500 L selon votre besoin)
- 1 kit de collecteur de gouttière avec filtre (adapté au diamètre de votre gouttière)
- 2 à 4 parpaings ou dalles béton pour surélever la cuve
- 1 gouttière complète si votre abri n’en possède pas (profilés, crochets, naissance, descentes)
- 1 niveau à bulle
- 1 scie-cloche ou scie sauteuse (pour percer la cuve et/ou la gouttière si nécessaire)
- un peu de gravier pour drainer sous les parpaings
- tournevis, perceuse, vis inox ou galvanisées
- ruban mètre, crayon, gants de travail
Optionnel mais très utile :
- 1 petit filtre de descente (grille) si l’abri est sous un arbre
- 1 couvercle bien ajusté (pour éviter moustiques et feuilles)
- 1 trop-plein relié à un drain ou un second récupérateur
Préparer l’emplacement : la base solide fait la différence
C’est souvent là que je vois les premières erreurs : une cuve posée à même la terre, bancale, qui finit par pencher, tordre le robinet, voire se renverser.
Je procède toujours en 3 étapes :
- Décaisser légèrement
Enlevez 5 à 10 cm de terre végétale sur une surface un peu plus large que la cuve. Ça évite que ça se tasse au fil des pluies.
- Mettre une couche de gravier
2 à 3 cm de gravier compacté suffisent pour drainer et stabiliser. Ça évite la boue autour de la cuve.
- Poser des parpaings ou dalles
Je vise en général 20 à 30 cm de surélévation. L’idée :
- pouvoir mettre un arrosoir sous le robinet
- gagner de la pression naturelle si vous ouvrez un tuyau
Vérifiez au niveau que tout est bien plan. Une cuve de 300 L pleine, ça pèse environ 300 kg : mieux vaut vérifier deux fois maintenant que de rattraper plus tard.
Raccorder la toiture de l’abri : gouttière et collecteur
Deux cas de figure : soit votre abri a déjà une gouttière, soit il n’en a pas.
1. Si l’abri a déjà une gouttière
- Repérez la descente la plus proche de l’endroit où vous voulez la cuve.
- Vérifiez le diamètre de la descente (80, 100 mm, etc.).
- Choisissez un kit collecteur compatible.
- Coupez proprement un tronçon de la descente à la hauteur souhaitée (souvent entre 60 et 80 cm du sol).
- Insérez le collecteur selon la notice (en général, deux demi-coquilles à clipser autour du tuyau après l’avoir découpé).
- Branchez le tuyau souple qui ira jusqu’à la cuve.
2. Si l’abri n’a pas de gouttière
- Choisissez le ou les côtés où vous voulez récolter l’eau.
- Posez les crochets de gouttière avec une légère pente (2 à 3 mm/mètre) vers la naissance.
- Fixez la gouttière, puis la naissance et la descente.
- Installez le collecteur sur la descente comme ci-dessus.
Erreur fréquente : mettre trop ou pas assez de pente sur la gouttière. Trop de pente, l’eau déborde au moindre orage. Pas assez, elle stagne. Un niveau à bulle et un peu de patience font la différence.
Installer et raccorder le récupérateur pas à pas
Une fois le support prêt et le collecteur posé, on attaque le cœur du sujet.
Étape 1 : positionner la cuve
- Posez la cuve à sa place définitive sur les parpaings ou dalles.
- Vérifiez que le robinet (s’il est déjà monté) est accessible.
- Repérez la hauteur de l’entrée d’eau (là où le tuyau du collecteur va arriver).
Étape 2 : percer l’entrée d’eau (si nécessaire)
- Certains récupérateurs ont un pré-perçage à faire sauter au cutter ou à la scie-cloche.
- Sinon, repérez le point d’entrée recommandé par le fabricant (en général dans le tiers supérieur de la cuve).
- Percez proprement au diamètre du raccord fourni avec le kit collecteur.
- Installez le raccord avec son joint (important pour éviter les fuites).
Étape 3 : raccorder le collecteur
- Coupez le tuyau souple à la bonne longueur, sans le mettre en tension.
- Branchez-le sur le collecteur et sur la cuve.
- Si le kit le prévoit, réglez la hauteur du collecteur : souvent, il faut qu’il soit au niveau de la partie haute de la cuve pour que le trop-plein retourne vers la gouttière.
Étape 4 : gérer le trop-plein
- Soit le kit renvoie automatiquement l’excédent dans la gouttière (collecteur “intelligent”).
- Soit vous ajoutez un tuyau de trop-plein sur le haut de la cuve, dirigé :
- vers un drain
- vers une zone engazonnée qui supporte les excès d’eau
- ou vers une deuxième cuve si vous en avez deux en série
Ne négligez pas ce point : une cuve qui déborde directement au pied de l’abri, c’est la meilleure façon de détremper la fondation ou de transformer le passage en bourbier.
Avant / après : un exemple concret d’installation
Pour vous donner une idée très concrète, voici un cas typique que j’ai traité récemment.
Situation de départ
- Abri en bois de 6 m², toiture bitumée, sans gouttière.
- Petit potager de 20 m² juste à côté.
- Arrosage jusqu’ici au tuyau branché sur le robinet de la maison (25 m de tuyau à dérouler/dérouler).
- Sol en légère pente, terre assez lourde.
Objectif : Installer un récupérateur discret de 300 L, à portée d’arrosoir, sans gros travaux.
Travaux réalisés
- Pose d’une gouttière PVC sur un côté de 3 m de l’abri (crochets, gouttière, naissance, descente).
- Décaissement de 8 cm sur 80 x 80 cm, mise en place de 3 cm de gravier, puis 4 parpaings.
- Installation d’un récupérateur 300 L “slim” contre le mur arrière.
- Pose d’un kit collecteur filtrant sur la descente, raccordement à la cuve.
- Ajout d’un petit tuyau de trop-plein renvoyé vers un massif de fleurs un peu plus bas.
Temps nécessaire (à deux personnes, niveau bricoleur moyen) :
- Préparation du sol et pose des parpaings : 1 h 30
- Pose de la gouttière complète : 2 h
- Installation de la cuve + collecteur : 1 h
Total : environ 4 h 30, pauses café incluses.
Budget réel (prix constatés en GSB) :
- Gouttière PVC + accessoires : ~50 €
- Récupérateur 300 L “slim” : 90 €
- Kit collecteur filtrant : 25 €
- Parpaings + gravier : 25 €
Total : environ 190 €.
Après quelques mois d’usage
- Cuve remplie au 3/4 après deux bonnes pluies.
- Arrosage du potager principalement assuré par la cuve entre avril et septembre (sauf longues sécheresses).
- Entretien limité au nettoyage du filtre deux fois dans la saison.
Petit bémol : on a dû rajouter un déflecteur (petit grillage) sur le toit, car des feuilles d’un arbre voisin arrivaient à bourrer le haut de la descente.
Erreurs fréquentes à éviter
Avec quelques installations au compteur, je vois souvent revenir les mêmes soucis. Autant les anticiper :
- Cuve posée directement sur la terre
Ça s’enfonce, ça penche, et le robinet souffre. Prenez le temps de faire un support digne de ce nom.
- Absence de couvercle ou couvercle mal ajusté
Résultat : moustiques, algues, feuilles. Un couvercle bien fermé, c’est aussi une question de sécurité si vous avez des enfants.
- Gouttière ou collecteur non nettoyés
Un simple nid de feuilles peut tout bloquer. Un contrôle à l’automne et un autre au printemps évitent 90 % des problèmes.
- Cuve trop petite par rapport à la surface de toit
Une toiture de 15 m² avec une petite cuve de 100 L va déborder au premier orage. Prévoyez au moins 300 L, voire davantage, ou une deuxième cuve en série.
- Trop-plein qui se déverse au pied de l’abri
À la longue, ça fait des flaques permanentes et parfois des problèmes d’humidité dans l’abri. Toujours éloigner l’eau du pied des murs.
Utiliser l’eau de pluie efficacement pour arroser le jardin
Une fois la cuve en place, reste à bien s’en servir pour ne pas gâcher.
Quelques bonnes pratiques :
- Arroser tôt le matin ou tard le soir pour limiter l’évaporation.
- Privilégier l’arrosage au pied des plantes, pas sur le feuillage.
- Installer du paillage au potager pour garder l’humidité (paillis de tonte, BRF, paille).
- Réserver l’eau de pluie en priorité pour le potager et les plantes en pot, plus sensibles au stress hydrique.
Si votre abri est un peu plus loin du potager, un simple tuyau de 15 à 20 m suffit souvent, tant que la cuve est suffisamment surélevée. Pour de grandes longueurs ou un arrosage par goutte-à-goutte, une petite pompe de surface branchée dans l’abri peut être un gros plus.
Niveau de difficulté et profil bricoleur
Installer un récupérateur d’eau de pluie près d’un abri est un chantier très abordable, à condition de ne pas brûler les étapes.
- Niveau de difficulté : Facile à moyen.
- Compétences nécessaires :
- savoir utiliser une perceuse et éventuellement une scie-cloche
- poser une gouttière basique (ou au moins suivre une notice)
- être un peu soigneux sur les niveaux et l’étanchéité
- Temps à prévoir : 1 après-midi pour un montage simple avec gouttière existante ; 1 journée si vous posez aussi la gouttière.
Si vous débutez, le point le plus sensible sera souvent la pose de la gouttière. Prenez votre temps, faites un tracé au cordeau, vérifiez les pentes avant de tout visser.
Pour aller plus loin : améliorer progressivement votre installation
L’avantage de ce type de projet, c’est qu’on peut le faire évoluer au fil des saisons :
- Ajouter une deuxième cuve en série
Quand la première est pleine, l’eau passe dans la seconde. Très pratique si votre toiture d’abri est généreuse.
- Installer une petite pompe
Pour alimenter un tuyau microporeux, un goutte-à-goutte au potager ou même un pistolet d’arrosage léger.
- Mettre un préfiltre de toiture
Un simple grillage ou crapaudine à l’entrée de la gouttière limite les feuilles et les gros débris.
- Camoufler la cuve
Plantes grimpantes, claustra, peinture adaptée au plastique… vous pouvez rendre le tout beaucoup plus discret sans gêner l’accès au robinet.
En partant d’un abri de jardin et d’un simple récupérateur, on peut rapidement se constituer un vrai petit “poste technique” pour le jardin : eau, outils, engrais, paillage… le tout regroupé au même endroit. Et chaque litre d’eau récupéré, c’est autant que vous ne verrez pas passer sur votre facture.